LA RÉFÉRENCE ASSURANCE

DES ENTREPRENEURS

VOIR TOUS LES communiqués

Interview de Laurent Ouazana, Président de CIPRÉS Assurances par Christophe Vanackere journaliste de Fil-social.com.

Paris, le 24 Avril 2017

En Prévoyance collective, personne ne doit pouvoir exclure une entreprise

Le président de CIPRÉS assurances, acteur engagé contre les désignations, considère que la généralisation de la prévoyance était une priorité, et fait des propositions pour éliminer le risque de défaut d’assurance.


Quel regard portez-vous sur la généralisation de la complémentaire santé et ses modalités de mise en oeuvre ?

Un regard très interrogatif. Pas sur le principe, mais sur la façon dont s’est déroulée cette évolution. Engagée dès la conférence sociale de l’été 2012, cette généralisation devait générer un mouvement de flux, transférant quelque 4 millions de salariés protégés en individuel vers le collectif. Pour faire face à cette perspective, la profession s’est organisée. Du côté de Ciprés Assurances, nous avons misé sur une spécificité de notre portefeuille, l’importance des TPE et PME, que nous accompagnons depuis 2000. Une clientèle particulière qui donne toute sa pertinence à l’intermédiation réalisée par un réseau de courtiers de proximité..
La donne a été radicalement transformée avec la réforme du contrat responsable, qui a entraîné un mouvement sur le stock, accompagné par une lourde responsabilité des courtiers et des opérateurs en termes d’obligation de conseil. Ajoutés à cela des décrets très tardifs, des débats complexes et vous avez les ingrédients d’une réforme complexe et, finalement peu lisible. Beaucoup associent ainsi la généralisation avec le plafonnement des remboursements, ce qui ne donne pas un sentiment positif à une idée généreuse à l’origine.

Comment décrire la situation, une année plus tard ?

Il est évident que, pour les raisons évoquées précédemment, la totalité de la cible n’est pas encore équipée et il va falloir poursuivre l’effort de pédagogie auprès des TPE. Il est vrai que les entreprises ont constaté que l’obligation n’était assortie d’aucune sanction et beaucoup ont incité leurs salariés à conserver, pour le moment, leurs couvertures individuelles.
L’autre caractéristique est le délai que nous constatons dans les réactions des salariés face au niveau des prestations proposé, lorsqu’il est moins intéressant que leur individuelle, et les plafonnements de remboursements des contrats responsables. Il faut avoir conscience que si nous avons des indicateurs sur les volumes et les taux d’équipements, nous n’avons rien sur l’efficacité des contrats souscrits et il faudra attendre un peu sur cet aspect.
Du coup, le marché de la sur-complémentaire qui a fait couler beaucoup d’encre au moment de l’élaboration de la réforme a été décalé d’autant et n’a commencé à émerger que fin 2016, début 2017. Je crains que tout cela aboutisse à un coût supérieur pour les salariés et ne suis pas certain que cela ait été dans les objectifs du gouvernement. Il est probable que la prochaine équipe aura à en parler.

Quels sont les points positifs et négatifs que l’on peut déjà tirer de cette évolution ?

Malgré toutes les contraintes rencontrées, cette généralisation s’est faite dans un climat de concurrence que j’estime tout à fait intéressant. Il nous a poussés à innover dans les gammes et dans les services. Ainsi, il a fallu généraliser les services digitaux et mettre ainsi à la disposition des TPE des outils hier inaccessibles comme la gestion des contrats.
À l’inverse, on ne peut que regretter que certains opérateurs aient cédé à la tentation de tarifs sans liaison avec le risque actuariel avéré. Toute la place a comme référence un coût moyen de l’ordre de 22 à 23 euros par mois. Certains ont délibérément comprimé leurs tarifs autour de 14 euros afin de provoquer un appel, au risque de devoir plus tard réviser les cotisations. Je connais certains courtiers qui n’ont pas hésité, lorsque leurs clients portaient leur choix sur ces offres, à leur faire signer ce qui s’apparente à une décharge de responsabilité. Tout cela a un impact très négatif, pour le moins interrogatif, sur l’image de la profession.

Dans le contexte qui était le nôtre en 2013, cette généralisation de la complémentaire santé était-elle réellement une priorité ?

Elle répondait à un engagement fort du Président de la République. À notre sens, la situation des salariés, notamment dans les TPE-PME aurait justifié que l’on commence plutôt par la généralisation de la prévoyance. Il existe en la matière de graves inégalités entre entreprises et, au sein de nombre d'entre elles des inégalités entre salariés en fonction de leur statut.
En outre, à la différence de la santé, la prévoyance est une réponse à un véritable « risque de survie », ce qui donne tout son sens à la couverture assurantielle.
L’ANI de janvier 2013 ainsi que la loi de généralisation ont prévu la généralisation de la prévoyance, mais sous une forme qui s’apparente à une « clause de rendez-vous ». Constatons que le rendez-vous n’a pas eu lieu, faute de modalités pratiques de mise en oeuvre.

Sur un risque aussi lourd, comment organiser la mutualisation ?

C’est, vous le savez, au centre de nombreux débats, y compris juridiques. Pour de multiples raisons, nous sommes depuis longtemps opposés à la pratique des clauses de désignation et aux tentatives de revenir sur une situation censurée par le Conseil Constitutionnel.
Nous sommes convaincus qu’une mutualisation interprofessionnelle peut être réalisée et qu’elle ne doit pas être le monopole d’une seule famille d’assureurs.
Pour notre part, nous avons l’expérience de cette mutualisation, notamment dans notre portefeuille TNS, ce qui nous permet d’apporter des améliorations très importantes de la couverture.
Plus que la mutualisation, c’est au défaut d’assurance que nous devons prendre en compte. Je suis convaincu, et je reprends en cela les avis des assureurs « recommandés » qui vivent comme une inégalité leur obligation de ne pas faire de sélection d’entreprise, qu’il faut aller vers une interdiction de cette sélection pour les opérateurs engagés sur ce marché.
Le mécanisme est simple : vous intervenez en prévoyance d’entreprise ? Vous n’avez pas le droit d’exclure un client.
Pour certains, cela est une révolution profonde. Permettez-moi de rappeler que nous venons de la mettre en oeuvre sur notre gamme prévoyance pour les TNS avec l’abandon de tout questionnaire médical. Sachez qu’il ne s’agit pas là d’une démarche marketing, mais d’une décision reposant à la fois sur la conviction qu’il faut généraliser la prévoyance, et sur l’examen précis du risque. Nos actuaires ont ainsi montré que, sur la base d’un échantillon expérimental d’une centaine de courtiers et de quelques milliers de contrats qu’il n’y avait, au final, pas d’écart de sinistralité.
Enfin, le dernier aspect est l’importance primordiale du conseil. Les grandes entreprises s’entourent de consultants pour ajuster et mettre en oeuvre leur prévoyance. Les TPE-PME s’appuient sur le courtage de proximité car le sujet est très complexe et elles ont conscience, même si elles ne le quantifient rarement, qu’il est risqué. Et lorsqu’un courtier vient donner son avis et son expertise à son client, il engage sa responsabilité professionnelle et donc financière. Cette proximité et cette confiance construite sur la responsabilité sont des éléments qu’il est impossible à digitaliser.
Cet aspect est bien compris par tous, si j’en juge par les relations que nous tissons avec, notamment, d’importants groupes paritaires de protection sociale. L’intelligence et l’efficacité amènent des convergences.

Source
www.fil-social.com